Tout près de Rouen, la ville de Saint Etienne du Rouvray représente un creuset exceptionnel de l’art actuel car la qualité et l’audace y prédominent constamment depuis des décennies, en particulier grâce à " l’union des Arts Plastiques ".C’est en cette ville que naquit Daniel-Yvon COAT, qu’il y habite et qu’il y travaille. C’est dire son attachement et la pérennité d’une peinture qu’il expose depuis 1970 avec une régularité qui n’a d’égale que son brio, reconnu régionalement et à l’étranger.

Fervent adepte du peintre Edouard PIGNON, Daniel-Yvon COAT, outre son talent instinctif de peintre, est un affichiste magistral et il le prouve au gré de plus de 400 créations originales, ponctuées de nombreuses décorations, créations et vitrail.

Son figuratif est jalonné par de multiples visages de l’homme qu’il dynamise et définit constamment, dont il capture en un style véhément les multiples expressions marquées de couleurs tantôt vivaces, parfois tendres, avec une souplesse d’écriture en arabesque, à la fois révélatrice et captivante.
Daniel-Yvon COAT s’engage ainsi vers une peinture ressentie, nette et ardente, où sous un aspect tantôt rugueux, parfois halluciné, il expose crûment et sans faux-fuyant, une vision personnelle et probante d’un monde ravagé par une impudente insolence dont il révèle les effets pervers avec intelligence et véracité.

André RUELLAN, critique d'art

" VINCENT "

On va cette année assiéger l'église d'Auvers-sur-Oise, consolation obligée bien que désirable pour tous ceux qui n'auront pas eu l'idée d'acheter à temps des places pour voir les expositions hollandaises. C'est l'année Van Gogh. ( L'an prochain, ce sera l'année Mozart : on peut redouter le pire, même s'il n'est jamais sûr).


Et à l'écart de ces commémorations, Daniel-Yvon Coat a donné, tout discrètement, un coup de chapeau à Vincent en lui dédiant des peintures. Ca s'est passé à la galerie Ars Longa où le peintre stéphanais avait accroché des visages. Des moments de Vincent, des gueules de Vincent. Et des paysages aussi - qui ressemblaient ( imparfait : l'exposition , brève, est bêtement terminée ) à des visages de Vincent parce que leur couleur, leur matière, leur lumière - leur soleil - avaient pénétré, pour l'habiter, le visage du peintre.

Il est fou Daniel-Yvon d'avoir tenté le coup. Fou d'avoir réussi. Ces portraits, partant parfois d'une photographie des autoportraits retouchés, repeints, remis en cause, ces portraits portaient à la fois le désespoir d'un homme qu'on a pas compris avant de lui faire battre les records mondiaux de la spéculation. Pauvre Vincent. Coat le montre dans sa souffrance, dans ses illuminations, dans ses traversées de l'indicible, dans cette recherche forcenée du mystère à dire, de la matière de faire descendre dans l'oeil de l'homme, dans ce soleil qui brûle - mais irradie la vie. Fou, Daniel-Yvon, d'avoir osé traquer Vincent. Fou d'avoir essayé de percer le mystère, fou d'avoir tenté d'inscrire Vincent dans son Van Gogh à lui sans jamais copier, sans jamais imiter. Ce travail est celui d'un disciple qui cherche à retrouver des traces et les discerne dans une vision contemporaine. Avec l'amour certes et la hargne aussi, avec la folie d'écrire sur le visage de vincent les tourments de son esprit, la fin du corps.

Chapeau, Coat ! Cette percée dans l'inconnu de Vincent, ce retour à la source du pouvoir de la peinture est un coup de soleil : il a brûlé mais laissera des traces. Et ce coup-là, quand le reverra-t-on ? Une exposition comme celle-là devrait voyager partout. Elle guérit l'esprit de la bêtise ambiante.

Roger BALAVOINE